La vue et l'audition sont d'ordinaire traitées séparément. Il y a quelqu'un pour les yeux et quelqu'un pour les oreilles, et les conseils de chacun sont sensés dans leur ordre : agrandir, contraster, activer les sous-titres, faire vérifier les appareils.
Ce que ces conseils supposent sans le dire, c'est que l'autre sens assure la relève. Mal entendre reste gérable en partie parce qu'on peut lire les sous-titres et regarder un visage. Mal voir reste gérable en partie parce qu'on peut se faire dire les choses, se faire lire, entendre quelqu'un entrer dans la pièce. Quand les deux baissent ensemble, chacun de ces contournements s'appuie sur ce qui est justement en train de céder — et la difficulté n'est pas la somme des deux. Elle est nettement plus grande.
C'est fréquent au grand âge, et cela porte un nom dans le champ sanitaire et social : la surdicécité, ou double déficience sensorielle. Connaître le mot compte plus qu'il n'y paraît, car c'est lui qui ouvre la porte au bon accompagnement.
À quoi cela ressemble, vu de l'extérieur
On s'y trompe souvent, et c'est pourquoi cela reste si longtemps sans réponse.
- Des réponses légèrement à côté de la question, et l'habitude croissante d'acquiescer plutôt que de faire répéter.
- Un retrait de tout ce qui rassemble plusieurs personnes — la table de Noël, la salle paroissiale, l'appel vidéo familial — alors qu'un tête-à-tête dans une pièce calme se passe encore très bien.
- Un sursaut quand quelqu'un arrive, parce que ni le bruit ni le mouvement n'ont été perçus.
- Une prudence nouvelle dans les escaliers, sur les trottoirs, dans les pièces inconnues.
- Moins d'activités, présentées comme un manque d'envie.
Tout cela peut se lire comme de la mémoire, de la confusion, une humeur basse, ou simplement l'âge — et c'est parfois le cas. Mais il vaut la peine d'écarter ou de confirmer d'abord les sens, parce que c'est la partie qui a des réponses concrètes.
Faire évaluer les deux — et prononcer le mot
La chose la plus utile qu'une famille puisse faire ici tient de la démarche administrative plus que de la technique.
- Faites contrôler correctement chaque sens. Le médecin traitant oriente vers un médecin ORL ; un bilan de la vue s'organise sans difficulté chez l'ophtalmologiste. Des appareils et des lunettes qui convenaient il y a trois ans peuvent ne plus convenir, et un appareil auditif qui siffle ou qui dort dans un tiroir ne sert à rien.
- Parlez explicitement de surdicécité. Dites le mot. Les services sont souvent organisés par déficience, l'une ou l'autre, et une personne qui cumule les deux passe entre les mailles tant que personne ne le nomme.
- Adressez-vous à la MDPH de votre département (maison départementale des personnes handicapées) et au centre communal d'action sociale. C'est le circuit qui mène à une évaluation des besoins et aux aides possibles — mais c'est une demande à faire, cela n'arrive pas tout seul.
- CRESAM (cresam.org) est le centre national de ressources dédié à la surdicécité : information, appui et orientation pour les personnes concernées et leurs proches, partout en France. C'est le meilleur point de départ.
- Fédération des Aveugles de France (aveuglesdefrance.org) et Bucodes SurdiFrance (surdifrance.org) couvrent chacune leur moitié.
Personne ne vous remet cette liste. C'est la partie que les familles découvrent en général dix-huit mois plus tard qu'elles ne l'auraient voulu.
Ce qui aide au quotidien
L'essentiel de ce qui marche relève de la régularité plutôt que de l'astuce.
- Un sens à la fois, délibérément. Ne demandez pas d'écouter et de lire en même temps. Dites la chose, marquez une pause, puis montrez-la.
- Entrez dans le champ de vision avant de parler. Approchez de face, dans la lumière, et laissez-leur le temps de voir que vous êtes là. Être abordé de nulle part par quelqu'un qu'on ne voit ni n'entend bien est désorientant, et cela rend méfiant vis-à-vis de la compagnie.
- La lumière sur votre visage, pas derrière vous. Se tenir devant une fenêtre vous transforme en silhouette et supprime d'un coup tous les indices visuels. Retournez-vous.
- Gardez la pièce identique. Les meubles à leur place, le fauteuil au même angle, la bouilloire au même endroit. La mémoire des lieux fait le travail que les sens ne font plus.
- Le toucher, quand il est bienvenu. Une main sur le bras pour dire « je suis là » et « je m'en vais » ne coûte rien et évite les petites frayeurs qui font qu'on se replie.
- Le silence n'est pas du vide, il est nécessaire. Éteindre la télévision pendant une conversation n'est pas un affront : cela retire une concurrence que les oreilles ne savent plus trier.
- Dites qui parle. Autour d'une table, le prénom avant la phrase. Cela paraît guindé pendant environ une journée.
Où un ordinateur trouve sa place — et où, honnêtement, il n'en a pas
Nous éditons une application Windows, alors soyons directs.
My World rend un ordinateur beaucoup plus simple : de grandes tuiles très contrastées à la place du bureau, le nom des boutons lu à voix haute, et les photos, la radio et un appel vidéo vers un visage familier à une seule touche. Pour quelqu'un dont la vue baisse mais dont l'audition tient — ou l'inverse — cette combinaison fait un vrai travail, parce que chaque canal peut compenser l'autre.
Quand les deux sont nettement atteints, ce raisonnement s'affaiblit, et nous préférons le dire plutôt que de vendre par-dessus. Les gros caractères aident moins quand la vue a davantage baissé ; la lecture à voix haute aide moins quand l'audition a suivi. Il existe un point où la réponse n'est pas un écran, quel qu'il soit, mais une évaluation spécialisée, les bons appareillages, et des gens dans la pièce. My World n'est ni une aide visuelle ni une aide auditive, et ce n'est pas un dispositif médical. C'est un ordinateur plus simple.
Ce qui, en revanche, continue de fonctionner longtemps, et mérite d'être protégé :
- Les appels vidéo à une personne à la fois, près de la caméra, bien éclairés, sans hâte. Un visage connu, à une heure connue.
- Des photographies, grandes et lentes, de gens qu'ils connaissent. La reconnaissance résiste longtemps.
- La radio et les livres audio, tant que l'audition le permet — voir se faire lire à voix haute.
- Leur pièce, leurs affaires, dans leur ordre.
La part qui ne relève pas du matériel
Ce qui se perd en premier n'est pas la télévision ni le courriel. C'est la compagnie fortuite — la conversation au commerce, l'échange qui naît parce que quelqu'un s'est assis à côté. Cela part tôt, parce que cela dépend de ce qu'on attrape au bord d'une pièce, et rien qui arrive dans un carton ne le remplace.
Ce qui veut dire que la chose la plus efficace qu'une famille puisse faire est souvent la moins technique : venir plus souvent, et rester un peu plus longtemps, dans une pièce calme avec la lumière sur le visage. Appeler à heure fixe, pour que l'appel soit attendu plutôt que surprenant. Dire qui l'on est au début, à chaque fois, sans en faire une affaire.
Que les deux sens faiblissent ensemble est une perte réelle, et il n'existe pas de version de cet article qui prétende le contraire. Mais c'est une perte assortie de réponses concrètes, que les familles trouvent bien plus tard qu'il n'aurait fallu — le plus souvent parce que personne ne leur avait donné le mot à demander. Vous l'avez maintenant.
Si un seul sens pose problème pour l'instant, commencez par rendre l'écran plus facile à voir ou rendre l'ordinateur plus facile à entendre.